Déambuler au coeur d'une forêt tropicale humide sans quitter Paris, impossible me direz-vous ? Non, aucunement, car pour observer pareil environnement, il suffit de se rendre aux Grandes Serres du Jardin des Plantes. Sur place, vous découvrirez sous de vastes pavillons de verre, différentes biodiversités végétales : forêts tropicales humides, milieux arides, richesses de la nature calédonienne, histoire des plantes.
Pour restituer la première, ce sont pas moins de 600 espèces (bananier, cacaoyer, orchidée, fougère, liane...) qui ont été implantées sous une serre de style Art Déco érigée par René Berger dans les années 30. Ça et là, des bandes audio permettent d'en apprendre un peu plus sur l'acclimatation de ces plantes en France et les phénomènes de mode qui ont accompagnées leur arrivée. Ainsi, au XVIIe siècle, à la cour de Louis XIII, on s'enticha de la dégustation du chocolat qui avait été introduit par l'Infante Anne d'Autriche, fille de Philippe III d'Espagne, lors de son mariage avec le roi de France en 1615.
Autre ambiance avec les milieux arides. Ici, la nature ingénieuse a su résister aux températures extrêmes de ces climats (infernales en journée, froides la nuit tombée) en développant différentes astuces : réserves d'eau, réseaux profonds de racines souterraines ou à l'inverse, racines à fleur de sol pour capter sans détour les faibles précipitations.
Archipel d'Océanie située non loin de l'Australie (à l'est) et de la Nouvelle-Zélande (au nord), la Nouvelle-Calédonie fait l'objet d'un espace en soi en raison de la richesse de sa nature. En effet, sur ce territoire français d'une superficie de 18 575 Km2, se concentrent cinq types de végétation : forêt humide, forêt sèche, savane, maquis minier et mangrove. Pour l'anecdote, rappelons que c'est en Nouvelle-Calédonie que l'on peut admirer le fameux Coeur de Voh rendu célèbre par le photographe Yann Arthus-Bertrand dans son album La Terre vue du ciel.
Enfin, dans une dernière serre, c'est l'histoire des plantes qui est retracée depuis leur sortie de l'eau, voici 430 millions d'années, jusqu'à l'apparition des fleurs.
Les Grandes Serres du Jardin des Plantes
M° Austerlitz, Censier-Daubenton, Jussieu - RER C Austerlitz
Ouvertes tous les jours sauf le mardi, de 10h à 17h l'hiver, 18h l'été
Plein tarif : 6 euros
Légende visuel : Vue des Grandes Serres, ©Patrick Lafaite
Les Grandes Serres du Jardin des Plantes
Le jardin Saint-Vincent
Il ne paie pas de mine le jardin sauvage Saint-Vincent. Logé dans la continuité des vignes de Montmartre, il fait la part belle aux folles herbes, orties et lierres rampants, là où partout ailleurs ces disgracieux végétaux auraient été éliminés. Loin des parcs à la française, il affirme sa différence sur les 1480 m2 de sa superficie : celle d' un espace vert où la nature règne en maître et où l'intervention humaine se veut la plus discrète possible. Du reste, il n'est pas accessible en permanence au public, seulement dans le cadre de visites guidées conduites par des agents de la Direction des Espaces Verts et de l'Environnement (DEVE). Protégé, entretenu juste ce qu'il faut, il est un refuge pour les coccinelles, crapauds et papillons qui le peuplent. Nous disons bien crapauds et même tritons, car au coeur de ce jardin, figure en bonne place un plan d'eau qui a été aménagé de toutes pièces. En soi, cette ingérence humaine pourrait être perçue comme une entorse à la philosophie du lieu, mais cette présence aqueuse a permis le développement d'une faune et d'une flore spécifiques. Dans ce jardin préservé et écologique, s'est donc épanouie une biodiversité banale et indigène. Allez à Saint-Vincent, vous constaterez par vous-même comme il est doux et agréable de se promener à l'ombre du grand marronnier et des ormes élancés dont la couverture végétale forme un abri naturel.
Le Jardin Saint-Vincent
Rue Saint-Vincent (face au n°14) – 75018 Paris - M° Lamarck-Caulaincourt
Accessible en visite guidée
Légende visuel : Le jardin sauvage Saint-Vincent à Montmartre,©Paul-Robert Takacs, mai 2011. Site source : http://parisestunjardin.unblog.fr/2010/10/25/jardin-sauvage-saint-vincent-paris-18e/?
Le château de Malmaison
Malmaison reste lié au souvenir de l'impératrice Joséphine de Beauharnais (1763-1814) qui achète en 1799 ce château qu'elle n'aura ensuite de cesse d'embellir. Jusqu'à 1814, elle y fait entreprendre d'importants travaux, transformant la vieille bâtisse XVIIe siècle en une demeure conforme au goût de l'époque. A ce titre, Malmaison est un modèle d'aménagement intérieur des styles Directoire et Empire. On en retrouve les codes dans les couleurs, meubles et objets décoratifs. Outre le château, Joséphine en grande passionnée de botanique, fait réaménager le parc, installant un jardin anglais et une grande serre chaude afin d'y acclimater des plantes exotiques qui n'avaient jamais encore poussées sous nos climats. Sous le Consulat, Malmaison devient un lieu de l'exercice du pouvoir. Au rez-de-chaussée, dans la salle du conseil attenante à la bibliothèque, Napoléon y tient des réunions de travail. Toutefois, à partir de 1804, l'empereur lui préfère Saint-Cloud, plus digne de son nouveau rang. Après son divorce d'avec Joséphine en 1809, il abandonne à cette dernière le château qui devient sa résidence principale. Joséphine y reçoit le Tsar Alexandre I de Russie à la veille de sa mort, le 28 mai 1814. A cinquante et uns ans, elle périt d'une pneumonie, mettant un terme à un destin exceptionnel. Quant à Malmaison, il change plusieurs fois de mains au cours du XIXe siècle. En 1904, son propriétaire d'alors, le riche mécène Daniel Iffla (dit Osiris) le lègue à l'Etat français après plusieurs années de minutieux travaux de restauration. Aujourd'hui, le château fait partie de la Réunion des Musées nationaux.
Musée national du château de Malmaison
Avenue du château de Malmaison, 92 500 Rueil-Malmaison, RER A Grande Arche de La Défense puis bus 258 arrêt « le château »
Ouvert ts les jrs sauf le mardi, horaires variables selon la saison
Tarifs : 4,50-6 euros; 6,50-8 euros en période d'exposition
Légende visuel : Pierre-Joseph Petit, Vue du château de Malmaison, c. 1802-1807, © RMN
Le musée du Parfum Fragonard
Paris compte plus de cent musées. Un tel nombre suppose une diversité de statut et de nature. Aussi aux côtés des plus courus que sont le Louvre, Orsay ou Pompidou, existe-t-il une nuée d'établissements secondaires, pleins de charme et au propos atypique. Parmi ceux-ci, citons en exemple le musée du Parfum Fragonard. A deux pas de l'Opéra, dans le quartier grouillant des grands magasins, il occupe un bel hôtel particulier de style Napoléon III, construit en 1860. Accolé à la boutique, il est d'accès libre et se découvre sous l'égide d'un guide. Sa visite est l'occasion de se familiariser avec l'histoire du parfum, ses techniques de fabrication, et plus original, d'éprouver son odorat en identifiant différentes senteurs dans le cadre d'un atelier. Côté collections, le parcours réunit un alambic, divers flacons et étiquettes, ainsi qu'un orgue à parfum composé des fragrances de notes de tête, de coeur et de fond.
Établissement commercial oblige, le circuit débouche sur la boutique et la présentation des produits phares de la marque. Démarche abusive ? Pas totalement. Car s'il est certain que l'existence du musée a pour intention d'accroître la notoriété de la marque, ce dessein n'est en rien contradictoire avec une volonté de valorisation d'un patrimoine. Par ailleurs, des campagnes publicitaires auraient assuré une audience plus grande à l'entreprise. Seulement voilà, les Parfums Fragonard s'y sont toujours refusés. Un musée plutôt que de la publicité comme vecteur de communication, cela nous apparaît au final bien plus louable comme choix.
Musée du Parfum Fragonard
9, rue Scribe, 75009 Paris, M° Opéra, Havre-Caumartin
Ouvert tous les jours, de 9h à 18h, 17h les dimanches et jours fériés
Entrée libre
Légende visuel : vue de l'une des salles du musée, ©Fragonard
La Gaîté Lyrique
Le parisien usager du métro n'aura pu manquer l'annonce de la réouverture de la Gaîté Lyrique. Campagne d'affichage, relais dans la presse gratuite : tout aura été fait pour couvrir l'événement. A cette communication efficace, s'est ajoutée une idée marketing excellente, celle d'ouvrir gratuitement le lieu aux visiteurs durant la semaine d'inauguration du 2 au 6 mars. Un joli coup qui devrait permettre à cet ancien théâtre de trouver rapidement son public. C'est tout le bien qu'on lui souhaite et on ne doute d'ailleurs pas de son succès. Car contrairement au CentQuatre, cet autre établissement culturel parisien qui connait quelques difficultés, la Gaîté lyrique a plusieurs atouts dans sa manche. D'abord, son identité clairement définie : elle est un lieu voué aux cultures numériques (jeux vidéo, créations visuelles, musiques électroniques...) et propose une programmation diversifiée dans ces domaines (expos, spectacles, conférences...). Ensuite, sa situation idéale, centrale, dans le troisième arrondissement de Paris. Enfin, son histoire : le théâtre de la Gaîté a été construit sous le Second Empire et a longtemps été un temple de l'opérette. Il fait donc partie du paysage culturel parisien, ce qui nous le rend familier et incite plus facilement à aller à sa rencontre.
Pour sa réouverture, l'équipe de direction a mis sur pied un programme spécial. L'exposition d'inauguration est un parcours d'installations de lumière et d'images conçu par les artistes d' United Visual Artists (UVA). Ce collectif, créé en 2003 et basé à Londres, produit des oeuvres immersives en permanente interaction avec le public. L'une des propositions, Room 1001, promet de vous faire vivre une expérience artistique étonnante. Imaginez un peu pénétrer dans une salle obscure par petits groupes. Au-dessus de vous, des faisceaux de lumière blanche balaient la pièce. D'un coup, détectant votre présence, ils se figent sur vous, vous enserrent et vous aveuglent... Au travers de cette oeuvre, l'intention d'UVA est de nous faire réfléchir sur la place des évolutions technologiques dans notre société et de faire que celles-ci ne deviennent un piège pour l'humanité. Fin mars, c'est une exposition sur la scène artistique berlinoise – BERLIN NEXT ! – qui s'ouvrira. Un choix judicieux que de mettre à l'honneur cette ville à l'identité artistique singulière, qui a toujours su se réinventer et attirer les esprits les plus libres.
En bref, la programmation de la Gaîté Lyrique s'annonce palpitante. Selon son directeur, Jérôme Delormas, elle se définit en ces termes : « Eclectique, elle aura un mot d'ordre : celui de la curiosité : mais que peuvent donc bien imaginer les artistes et créateurs à une époque aussi bouleversée que la nôtre ? » (Source : éditorial de la plaquette d'ouverture).
La Gaîté Lyrique
3 bis, rue Parpin, 75003 Paris, M° Réaumur-Sébastopol
Ouverte du mardi au samedi, de 14h à 20h, 18h le dimanche
Tarifs variables en fonction des événements
Légende visuel : logo d'ouverture de la Gaîté Lyrique, ©Mairie de Paris
Le musée Jacquemart-André
S'il est un lieu à Paris qui incarne les célèbres vers de Charles Baudelaire « Là, tout n'est qu'ordre et beauté / Luxe, calme et volupté » (L'Invitation au voyage, 1904), c'est bien le musée Jacquemart-André. Boulevard Haussmann, il réunit des collections XVIIIe et Renaissance italienne dans un somptueux écrin édifié à la fin du XIXe siècle par Edouard André.
Héritier d'une riche famille de banquiers protestants, Edouard André a épousé en 1881 l'artiste de renom Nélie Jacquemart qui avait exécuté son portrait. Elle a quarante ans, lui huit de plus. Ils n'auront pas d'enfants et consacreront leur fortune à courir le monde pour meubler et décorer leur hôtel particulier de la plaine Monceau. La bâtisse, livrée en 1875, est l'oeuvre de l'architecte Henri Parent qui réalise en six ans une vaste et belle construction, très inspirée des modèles classiques par son plan parfaitement symétrique, et par le décor de ses façades.
Respectant le voeu de son mari décédé en 1894, Nélie Jacquemart lègue à sa mort en 1912, l'hôtel particulier à l'Institut de France. Le musée ouvre ses portes dès 1913. Depuis 1995, il est géré par Culturesespaces, entreprise privée qui anime et développe des monuments, musées et sites historiques qui lui sont confiés par des institutions publiques. Dans le giron de l'entreprise, on trouve également le théâtre antique d'Orange, le champ de bataille de Waterloo, le musée national de l'Automobile à Mulhouse.... Si aujourd'hui tout le monde s'accorde à saluer le redressement de fréquentation et d'image opéré par Culturesespaces au musée Jacquemart-André; en 1995, des voix s'étaient élevées contre cette délégation de gestion. On craignait que le lieu soit bradé à des fins commerciales et détourné de sa destination originale. Heureusement il n'en fut rien, et force est de constater, quinze ans plus tard, qu'intérêts privés et respect d'un lieu culturel peuvent faire bon ménage.
Outre son cadre, ses collections exceptionnelles, la renommée du musée tient pour beaucoup à ses expositions temporaires prestigieuses. Et pourtant développer une offre culturelle à Jacquemart-André n'a pas dû être une entreprise aisée si on considère les contraintes spatiales. En effet, les salles dévolues à la présentation des expositions sont une suite de petites pièces qui ne peuvent accueillir beaucoup d'oeuvres, et forment un parcours « cul-de-sac » qui oblige à revenir sur ses pas à moitié de la visite. Ce type de circuit n'est en rien idéal. Très certainement mis en place par défaut, il doit résulter d'un manque d'espace au musée. Mais faisant fi de l'exiguïté des lieux, Jacquemart-André a su élever ses expositions au rang d'événements.
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann, 75008 Paris, M° Miromesnil, RER Charles de Gaulle-Etoile
Ouvert 365 jours par an, de 10h à 18h
En période d'exposition, nocturnes le lundi soir jusqu'à 21h30
Tarifs : 8,5 – 10 euros
Le Quotidien des Parisiens sous l'Occupation
Sans crainte d'être démenti, on peut affirmer que la guerre de 39-45 est l'une des périodes historiques qui passionne le plus les Français. Pourquoi un tel engouement ? L'historien Jean-Pierre Azéma l'explique par la tournure prise par le conflit (source : l'émission télévisée de France 2 Compléments d'enquête sur « l'histoire, la nouvelle passion des Français »). Après l'armistice du 22 juin 1940, le poids de la guerre est reporté sur les civils et quatre ans d'une occupation allemande ont marqué les esprits. Aujourd'hui encore, chaque famille française ayant vécu cette période transmet aux jeunes générations son souvenir. Par ailleurs, il n'existera bientôt plus de témoins directs du conflit et cette prise de conscience explique l'attention grandissante envers cette histoire.
Cet intérêt, on peut le constater en ce moment par le succès que rencontre une exposition consacrée au quotidien des Parisiens sous l'Occupation. En quelques semaines, la manifestation a attiré plus de 10 000 personnes (source : Direct Matin, édition du 21-01-11). Elle s'est achevée le 9 janvier au Réfectoire des Cordeliers et a été prolongée à l'université de Paris-VIII à Saint Denis. En dix tableaux (résistances, collaborations, présence allemande...), elle dresse un portrait de la capitale entre juin 40 et août 44, à partir de documents d'archives et d'objets emblématiques (vélos, poste de radio...). Elle montre un Paris soumis à l'occupant nazi, déserté par l'appareil d'Etat qui maintient néanmoins ses appareils répressifs. Dans cette ville devenue capitale allemande de la France, sous d'apparentes continuités entretenues par les occupants et Vichy, le quotidien des Parisiens est profondément bouleversé. Les gens ont faim, froid, s'opposent ou se murent dans le silence. C'est cette lecture douloureuse de l'Occupation que l'exposition entend montrer.
En cela, elle offre un contrepoint intéressant à une exposition présentée il y a deux ans à la bibliothèque historique de la ville de Paris et qui avait pour titre « Des Parisiens sous l'Occupation ». Cette manifestation, qui rassemblait des photographies inédites en couleur prises par André Zucca, avait à l'époque suscité une polémique car elle montrait un visage radieux de la capitale. Ce point de vue si particulier du photographe s'expliquait par son statut. Zucca avait été réquisitionné en 1941 pour participer au magazine de propagande nazie Signal, bimensuel fondé en avril 1940 et diffusé dans chaque pays occupé. Si aucune des photos couleur n’avait été publiée dans la revue (la couleur était réservée aux images de guerre), nul doute que sans les Allemands, Zucca n'aurait pu se procurer les pellicules adéquates.
Existe-t-il un lien entre les deux événements ? L'exposition qui se tient actuellement à Paris-VIII est-elle une réponse à la controverse de 2008 ? Peut-être. Il n'en demeure pas moins que son propos, sans être d'une grande originalité (les vérités énoncées sur la dureté de l'Occupation sont connues de tous), reste intéressant à réentendre et que le tout est visuellement agréable à parcourir.
Le Quotidien des Parisiens sous l'Occupation
Université de Paris-VIII, hall d'exposition de l'université
2 rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis cedex, M° Saint-Denis
Jusqu'au 24 février 2011
Du lundi au vendredi de 12 h à 18 h
Entrée libre
Légende visuel : affiche de l'exposition Le Quotidien des Parisiens sous l'Occupation, © Mairie de Paris
Andrée Putman, Ambassadrice du style à l'Hôtel de Ville de Paris
Dans les années 80, l'architecte d'intérieur et designer française Andrée Putman a reçu les honneurs de la profession et connu la notoriété grâce à sa décoration de l'hôtel Morgans à New York. Elle y conçoit une salle de bains en carrelage noir et blanc qui devient aussitôt une référence. Depuis, ce damier bicolore est sa signature. Après ce coup de maître, s'enchaîne une carrière internationale faite de nombreuses autres collaborations hôtelières et de réalisations prestigieuses comme l'aménagement du Concorde ou plus récemment l'agencement de la Maison Guerlain sur les Champs-Elysées. Designer par ailleurs, Andrée Putman a signé de nombreux objets dont le piano Pleyel Voie Lactée en 2008. Joli clin d'oeil du destin pour celle qui à 19 ans a reçu un premier prix du Conservatoire de Paris et dont la mère était pianiste.
Il ne manquait plus à cette grande dame qu'un hommage pour distinguer son talent. C'est tout le propos de l'exposition qui se tient actuellement à l'Hôtel de Ville de Paris. A bientôt 85 ans, il était temps qu'elle soit organisée ! Cette mise à l'honneur tardive n'est pas sans rappeler l'exemple de la plasticienne Louise Bourgeois qui a dû attendre ses 96 ans avant qu'une institution française, en l'occurrence le Centre Pompidou, accueille en 2008 une rétrospective de son oeuvre. La France rechignerait-elle à reconnaître le génie de ses enfants ? La question reste ouverte mais pour Andrée Putman, il est certain que la légitimation et le succès sont venus en grande partie d'outre-atlantique. Ce qui assurât sa renommée à l'étranger, c'est qu'on vît en son travail, la représentation d'un « style à la française », épuré et élégant. Mais avant New-York et l'international, Andrée Putman a mené carrière en France, fondant en 1978 sa propre agence (Ecart) où elle rééditât d'anciennes pièces de mobilier de créateurs oubliés (Eileen Gray, Mariano Fortuny, Robert Mallet-Stevens). Sous l'appellation Studio Andrée Putman. l'agence est toujours active de nos jours.
Andrée Putman, Ambassadrice du style
Hôtel de Ville de Paris
5 rue de Lobau, 75004 Paris, M° Hôtel de Ville
Jusqu'au 26 février 2011
Ouvert tous les jours, sauf dimanches et jours fériés, de 10h à 19h
Gratuit
Légende visuel : Affiche de l'exposition Andrée Putman à l'Hôtel de ville, © Mairie de Paris
L'Historial Charles de Gaulle aux Invalides
Il y a une semaine, on célébrait un funèbre anniversaire, les 40 ans de la mort du Général de Gaulle. L'occasion pour le monde politique et les médias de rendre hommage à cette figure, récemment désignée dans un sondage comme le personnage le plus important de notre histoire (sondage SOFRES pour France 3). Si dans cet hommage, le site de Colombey-les-deux-églises a tenu - en raison de la visite présidentielle - une place de choix , n'en oublions pas pour autant les autres lieux voués à sa mémoire. Retour sur l'un d'entre eux, l'Historial Charles de Gaulle aux Invalides.
En 2008, le musée de l'Armée inaugurait sous terre (l'Historial a été édifié sous la cour de la Valeur) ce nouvel espace défini comme un monument multimédia
. L'endroit étonne tout d'abord par sa modernité et la place importante accordée aux nouvelles technologies. Ici, point de textes ou d’objets, mais uniquement des écrans vidéos interactifs. La visite se déroule dans le plus grand silence, un audioguide vissé sur la tête. Le parcours chronologique est émaillé de photographies, archives et films dont les commentaires audios se déclenchent à votre passage. Au centre, un auditorium projette à heures régulières un film de vint-cinq minutes sur la vie et l’oeuvre de Charles de Gaulle.
Au-delà de cette approche muséographique novatrice, quelle image renvoie-t-on de l'homme ? Bien logiquement, l'ensemble est à la gloire du personnage. Pouvait-il en être autrement ? Aucunement, car la mémoire collective garde du Général de Gaulle une image foncièrement positive construite autour de son rôle durant la Seconde Guerre mondiale et dans l’avènement de la Ve République. Il y a des symboles auxquels l'Etat ne saurait toucher, d'autant plus dans un lieu piloté par la Fondation de Gaulle et le musée de l'Armée sous tutelle du ministère de la Défense.
Par ailleurs, il n'est pas illégitime de s'interroger sur l'utilité du site qui coexiste avec d'autres lieux : d'abord un espace propre au musée de l'Armée, ensuite le Mémorial de Colombey-les-deux-églises inauguré en 1972, enfin la maison natale de Charles de Gaulle à Lille ouverte depuis 1983. On ne trahira aucun secret en révélant que la commande de l'Historial a répondu à un voeu politique, celui du Président de la République Jacques Chirac, et que son inauguration devait coïncider avec la campagne des élections présidentielles de 2007. L'objectif ne fut toutefois pas atteint et l'endroit finalement inauguré en février 2008.
Des conditions de sa naissance, sans doute en perdra-t-on rapidement le souvenir pour ne garder à l'esprit que sa scénographie visionnaire, entièrement tournée vers les nouvelles technologies.
L’Historial Charles de Gaulle
Musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides
129, rue de Grenelle, 75007 Paris, M° Invalides, Varenne, Latour-Maubourg
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h (17h en horaires d’hiver)
7-9 euros (billet couplé avec le musée de l’Armée et le tombeau de Napoléon I)
Irène Némirovsky « Il me semble parfois que je suis étrangère » au Mémorial de la Shoah
Inédit. Lorsqu'en 2004, le Prix Renaudot est remis à titre posthume à Irène Némirovsky pour son roman inachevé Suite française, on assiste à une première. Jamais encore la récompense n'avait été décernée à un écrivain mort. L'hommage à Irène Némirovsky, assassinée à Auschwitz en 1942, a permis de redécouvrir la femme ainsi que l'auteur de talent. Sur les traces de cette « résurrection », le Mémorial de la Shoah consacre une exposition à ce destin exceptionnel.
Née en 1903 à Kiev dans une famille aisée, Irène Némirovsky grandit dans l'amour de la culture française. En 1917, sa famille est chassée de Saint-Pétersbourg par la Révolution et trouve refuge en Finlande puis en France. Ecrivain prolixe, elle publie en français ses premières nouvelles dès l'âge de dix-huit ans et son premier roman en 1926 (Le Malentendu). La même année, elle épouse un banquier émigré russe, Michel Epstein, avec lequel elle a deux filles : Denise (1929) et Elisabeth (1937). Elle connaît le succès littéraire avec son deuxième roman, David Golder, aussitôt adapté au cinéma par Julien Duvivier. L'histoire est celle d'un riche juif ukrainien, entouré de personnes qui n'en veulent qu'à son argent. Il se laisse dominer par ses bons sentiments pour sa fille Joyce et se ruine presque pour elle. Apprenant par sa femme que cette dernière n'est pas sa fille biologique, il finit par laisser le reste de sa fortune à un jeune émigrant.
En 1939, la guerre éclatée, Irène Némirovsky se convertit au catholicisme et met à l'abri ses filles en Bourgogne. Son mari et elle les rejoignent au printemps 1940. Entre-temps, les premières lois anti-juives promulguées par le Régime de Vichy ont interdit de publication Irène Némirovsky et contraint son mari à abandonner son travail à la banque. Se démenant sans relâche pour faire vivre sa famille, consciente du danger qui les menacent, elle entreprend la rédaction d'une somme littéraire en cinq tomes sur l'exode de 1940 et l'occupation allemande. Il s'agit de Suite française. Au moment de son arrestation en juillet 1942, Irène Némirovsky avait rédigé les deux premiers tomes. Déportée à Auschwitz, elle meurt gazée le 17 août 1942. Quelques mois plus tard, son mari qui avait tout fait pour la sauver avant de sombrer dans une profonde tristesse, connaîtra le même sort.
Avec Suite française, Irène Némirovsky avait le sentiment de tenir l'oeuvre de sa vie. Religieusement, le manuscrit a été conservé par ses deux filles dans une malle dont elles ne se déferont pas jusqu'à la fin des hostilités. Pièces maîtresses du parcours, les deux éléments sont présentés au milieu de très nombreux documents d'archives qui constituent la base de l'exposition, comme toujours au Mémorial de la Shoah.
Irène Némirovsky « Il me semble parfois que je suis étrangère »
Jusqu'au 8 mars 2011
Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l'Asnier, Paris, M° Saint-Paul
Ouvert tous les jours sauf le samedi, de 10h à 18h, et le jeudi jusqu'à 22h
Entrée libre
Légende visuel : Irène Némirovsky lisant Les Nouvelles littéraires, par Albert Harlingue (1938). Coll. IMEC.
Giuseppe de Nittis (1846-1884), La Modernité élégante au Petit Palais
Vous avez dit Giuseppe de Nittis ? Hors du cercle éclairé des amateurs d'art, il n'est pas sûr que ce nom éveille un souvenir de peinture chez le visiteur lambda de musées. On ne saurait lui en vouloir, car en France, aucune exposition n'a été consacrée à ce peintre italien depuis 1886....
La rétrospective qui vient de s'ouvrir au Petit Palais entend réparer cet impair. Faire redécouvrir des talents oubliés est presque devenu une marque de fabrique pour le musée. Ainsi, en 2008, il exposait déjà une figure peu connue du grand public, le potier et sculpteur Jean Carriès (1855-1894), tandis que l'an dernier, il consacrait un événement au peintre Fernand Pelez (1848-1913).
L'exposition Giuseppe de Nitits, La Modernité élégante a été conçue en collaboration avec le musée de Barletta, ville natale de l'artiste. En une centaine d'oeuvres, elle retrace la carrière du peintre qui vécût entre Paris, Naples et Londres. L'ensemble révèle un artiste fin coloriste, attaché au mouvement impressionniste et qui excelle dans la représentation du Paris haussmannien.
Avant Paris où il s'installe définitivement en 1873, De Nittis avait milité à Naples, avec Marco de Gregorio et Federico Rossano, pour une peinture de paysages "débarrassée de toute anecdote littéraire ou historique". Témoin de l'irruption du Vésuve en 1872, il signe plusieurs vues du volcan. Proche des impressionnistes, ami de Manet et de Degas, il participe à la première exposition du mouvement organisée dans l'atelier du photographe Nadar en 1874. Ses vues du Paris moderne, des champs de courses d'Auteuil ou des lieux emblématiques du Londres noyé dans la brume sont saisissantes d'authenticité. Autant à l'aise avec les scènes d'intérieurs plus intimes, De Nittis - comme beaucoup des artistes de son temps - se passionne pour l'art du Japon et ce goût se retrouve dans nombre de ses tableaux tardifs.
Giuseppe de Nittis n'a pas 40 ans lorsqu'il est emporté en pleine gloire par une congestion cérébrale en 1884. Il laisse une oeuvre riche - témoin des influences picturales (impressionnisme, japonisme) et de la société de son temps - qui justifie bien logiquement cette rétrospective impeccablement mise en scène par le Petit Palais.
Giuseppe de Nittis (1846-1884), La Modernité élégante
jusqu'au 16 janvier 2011
Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill, Paris, M° Champs-Elysées-Clémenceau
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 20h
Tarifs : plein tarif : 10 euros, tarif réduit : 7.5 euros, demi tarif : 5 euros
Légende visuel : Giuseppe de Nittis, Le Kimono couleur orange, collection particulière, © Fotostudi Rapuzzi, Brescia.
Musée Nissim de Camondo
Le musée Nissim de Camondo n'est pas à proprement parler un musée où s'entasseraient sans âme objets et mobilier. Il est plus que cela, il est l'ex demeure artistique du comte Moïse de Camondo. Le comte, héritier d'une immense fortune bâtie dans le secteur bancaire, fit élever entre 1912 et 1914, un hôtel particulier rue Monceau pour abriter son exceptionnelle collection d'objets d'art du XVIIIe siècle. Conçue par l'architecte René Sergent, la bâtisse est un savant mélange entre une inspiration XVIIIe et une modernité de son temps. Ainsi, si la façade est clairement inspirée du Petit Trianon de Versailles et l'atmosphère celle d'une demeure du siècle des Lumières, l'agencement fonctionnel des pièces renvoie lui à l'époque de sa construction.
Sur quatre niveaux, la maison offre des pièces aux beaux volumes dont les hauteurs ont été déterminées par les boiseries anciennes possédées par son propriétaire avant la construction. Au rez-de-chaussée, l'on découvre les salles de réception, tandis qu'au premier niveau se visitent les appartements privés dont les deux salles de bains au confort moderne. Il est assez rare d'accéder à des espaces aussi intimes que des cabinets de toilette dans des hôtels particuliers ouverts aux visiteurs. De mémoire, il me semble bien que c'est la première fois qu'il m'est donné de voir un lieu d'aisance dans un musée ! Restaurées en 1999, cuisine et offices se parcourent également, ce qui permet de comprendre le fonctionnement d'une maison aristocratique du début du XXe siècle.
Moïse de Camondo décède le 14 novembre 1935. Selon ses dispositions testamentaires, l'hôtel et ses collections sont légués aux Arts Décoratifs. Le musée est inauguré le 21 décembre 1936. Il porte le nom de Nissim de Camondo comme l'a voulu son légataire, qui entendait par là rendre hommage à son père et à son fils, le lieutenant pilote Nissim de Camondo, tombé en combat aérien le 5 septembre 1917. Moïse de Camondo avait également une fille, Béatrice Reinach, morte avec son mari et ses deux enfants au camp d'Auschwitz.
Musée Nissim de Camondo
63, rue de Monceau
75008 Paris - M° Monceau, Villiers
Ouvert du mercredi au dimanche, de 10h à 17h30
Tarifs : 7 euros, 5 euros (tarif réduit)
Soirée aux chandelles à Vaux-le-Vicomte
Beaucoup de monde se pressait ce week-end dernier au château de Vaux-le-Vicomte pour l'ultime Soirée aux Chandelles de la saison. C’est que l’événement, désormais bien installé, a bonne réputation et tient promesse. Imaginez visiter le château et parcourir le parc à la seule lueur de chandelles et de bougies. Grandiose ! C’est toute une atmosphère qui se dessine alors, empreinte de beaucoup de majesté et d’émerveillement. Pour qui connaît le château dans sa configuration « traditionnelle », c’est un nouvel environnement qui s’offre à lui par la seule magie de cette lumière artificielle.
Avant Versailles, Vaux-le-Vicomte a été édifié pour Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV. Joyau du XVIIe siècle, son architecture est l'oeuvre de Louis Le Vau. Au peintre Charles Le Brun, on confia certains des décors tandis que les jardins furent aménagés par André Le Nôtre.
On rapporte que la splendeur du château et les fastes d'une fête donnée en l'honneur de la Cour en juillet 1661, attira les foudres du jeune Louis XIV qui chercha dès lors à destituer son ambitieux ministre. La réalité est en fait plus complexe. A la mort de Mazarin en mars 1661, la faveur de Nicolas Fouquet semble à son comble. Toutefois, les critiques incessantes de Colbert à son encontre finissent par porter leurs fruits : le roi se méfie de plus en plus de son surintendant des Finances. La décision de le destituer intervient avant l'été. Dans ce contexte, la fête organisée en juillet est à comprendre comme un leurre pour endormir la vigilance de Fouquet. Arrêté, jugé, l'ambitieux ministre protecteur des arts, est reconnu coupable de crimes de péculat (détournement de fonds public par un comptable public) et de lèse-majesté en 1664. Condamné à la confiscation de tous ses biens et au bannissement hors du royaume, il verra sa peine commuer par Louis XIV en un emprisonnement à vie à la forteresse de Pignerol où il meurt en 1680.
A Vaux-le-Vicomte, Le destin de Nicolas Fouquet est au coeur d'une exposition animée permanente. Ce qui frappe avec cette exposition, c'est sa modernité qui tranche avec le cadre XVIIe du château. En effet, en place des traditionnels panneaux et objets sous vitrine, ce sont des mannequins de cire et des projections en 3D - installés au beau milieu des décors Ancien Régime - qui viennent nous raconter les moments clés de la vie de Fouquet. Démarche audacieuse ou reconstitution de mauvais goût ? Les amoureux du patrimoine s'offusqueront de ce mariage mixte tandis que d'autres apprécieront le côte ludique et familial du parcours. Pour ma part, si je n'ai pas été choquée par la présentation, je n'y adhère pas vraiment, formulant le voeu que ce type d'initiative ne devienne récurrente au sein des chefs-d'oeuvre de notre patrimoine. Toutefois, cette exposition est circonscrite à une partie seulement du château, l'essentiel des pièces (appartements privés de M et Mme Fouquet, salles de réception) demeurant en son état original.
Qui es-tu Peter Pan ? à l'Espace culturel Louis Vuitton
L'Espace culturel Louis Vuitton fait sa rentrée avec une exposition consacrée au mythe de Peter Pan. A l'invitation des deux commissaires, Hervé Mikaeloff et Joanna Chevalier, treize artistes ont donné leur vision du personnage créé en 1904 par l'écrivain écossais James Matthew Barrie. De toutes les oeuvres, la plus forte est l'installation imaginée par Jérôme Zonder. D'abord, parce qu'elle occupe une place singulière dans le parcours. Elle est située dans le couloir de circulation de l'Espace culturel, dans un lieu étroit et clos. Ensuite, en raison de son sujet et de sa nature. S'étirant sur plusieurs mètres, elle est une fresque totale en noir et blanc, recouvrant l'ensemble des murs, sols et plafonds. Surtout, ce qu'elle nous raconte est terrible : c'est une vision de charnier, de corps enchevêtrés partiellement dénudés, de crânes et d'images infernales, un cauchemar graphique qui nous conduit aux portraits du père et de la mère de Peter Pan. Enfin, cette fresque marque par son rapport au spectateur, car elle ne se laisse pas seulement voir, elle se vit également. En effet, on la parcourt, la traverse, piétinant au passage les corps emmêlés au sol, sans possibilité d'y échapper.
La vidéo proposée par Jérôme Juillard est également intéressante (L'Hydrophile). Dans un fond marin évolue un drôle de personnage - un Pélomorphe - sorte de croisement entre une peluche géante et un être humain. Faut-il y voir une allégorie de la naissance ? Le fond marin serait-il le liquide amniotique dans lequel grandissent les foetus dont ce personnage sans cesse en mouvement serait une incarnation ? Non, rien de tout cela. L'oeuvre est en fait à considérer comme « un bain de jouvence propice à la détente et au calme » (propos de l'artiste).
Le jeune artiste Grégoire Bourdeil (il n'a pas encore trente ans, finit des études à l'ENSBA) propose quant à lui une installation en plusieurs temps (Everland). L'une d'elle est une création mariant vidéo et sculpture dans laquelle le personnage de Wendy est mis en scène sautant dans le vide. Quelques instants plus tard, la jeune fille nous réapparaît captive et bâillonnée, échevelée et craintive. Par cette vision, il est probable que Grégoire Bourdeil a voulu marquer la notion de passage, la chute symbolisant le moment transitoire entre deux états : l'innocence de l'enfance puis la cruauté du monde adulte.
Avec Qui es-tu Peter Pan ?, l'Espace culturel Louis Vuitton confirme une nouvelle fois l'excellence de ses expositions. La galerie est située au dernier étage de la Maison mère sur les Champs-Elysées. L'accès par l'ascenseur réserve une surprise que nous tairons ici pour les non-initiés....
Qui es-tu Peter Pan ?
Du 1er octobre 2010 au 9 janvier 2011
A l'Espace Culturel Louis Vuitton
60, rue de Bassano, 75008 Paris
Ouvert du lundi au samedi de 12h00 à 19h00, le dimanche de 11h00 à 19h00.
Entrée libre
Légende visuel : Melonie Foster Hennessy, Qui a le temps de grandir ?, portrait de Peter Pan (Dorian), projection 3D, courtesy galerie Vanessa Quang, ©Melonie Foster Hennessy
Des Hommes et Des Dieux
Récit poignant et juste relatant la disparition des moines de Tibhirine en 1996. L'essentiel de l'action se situe quelques semaines avant l'enlèvement afin d'ancrer personnages et situations dans la réalité de l'époque. Le rythme est lent. C'est un film contemplatif diront certains. Ce n'est pas sûr. Au fond, par cette manière de filmer, le réalisateur a seulement cherché à retranscrire l'existence simple et calme des moines, a installé une atmosphère et aussi à poser le contexte politique. Ce temps dilué, c'est un peu déstabilisant au début, car on est plutôt habitué à voir des productions aux rythmes effrénées. Les dialogues sont mesurés. Dans le film, les regards et les postures en disent bien plus longs que les paroles. Les gestes trahissent la peur, les doutes, car avant d'être des messagers de Dieu, ces religieux sont d'abord des hommes qui craignent légitiment pour leur vie.
Toute l'histoire tourne autour d'eux. On les voit dans leurs activités quotidiennes (entendre la messe, prier, travailler) et au contact des populations algériennes dans des moments de fraternisation, d'échanges ou d'assistance.
Dans une interview accordée à un quotidien, un philosophe est revenu sur le succès du film. Selon lui, si celui-ci connait un tel engouement, c'est parce qu'il est "anti bling-bling", véhicule un message de paix et de tolérance. Des Hommes et des Dieux représentera la France aux Oscars. Il est à espérer qu'outre-atlantique la famille du cinéma honorera à sa juste valeur cette histoire.
Monet et l'Abstraction au musée Marmottan-Monet
Peu familiarisée à l'Abstraction, mouvement pour lequel j'avoue avoir peu d'affinités, je prends connaissance au début de l'été, qu'une exposition traitant des liens entre Claude Monet et la peinture abstraite de la seconde moitié du XXe siècle, est organisée par le musée Marmottan-Monet. Je ne connais pas l'endroit et saisis l'occasion de cette manifestation pour le découvrir.
Sur place, je parcours tout d'abord l'exposition. Sentiment mitigé : si le propos est intéressant, la présentation est peu soignée à mon goût : tableaux retenus pas des tiges apparentes, murs peints d'une affreuse couleur, un rose très clair et fade. Les textes sont minimalistes alors que les confrontations entre les tableaux mériteraient de plus amples explications. En revanche, le point de vue de l'exposition est original et permet une lecture nouvelle de l'art de Claude Monet. Dans la mémoire collective, le peintre est avant tout associé à la naissance du mouvement impressionniste. S'il en fut l'un des instigateurs, il n'en demeure pas moins qu'à la fin de sa vie, il sût faire évoluer son oeuvre vers des motifs de plus en plus abstraits. C'est cette dernière carrière qui intéressèrent outre-atlantique des peintres tels que Marc Rothko ou Jackson Pollock, qui contribuèrent à remettre au goût du jour Monet, tombé dans l'oubli et ringardisé depuis son décès.
Quant au musée, ancien hôtel particulier devenu par legs la propriété de l'Institut de France, il est décoré d'un mobilier Premier Empire et de toiles impressionnistes. L'ensemble est raffiné, mais au jeu des comparaisons, l'endroit n'égale pas selon moi le musée Jacquemart-André, autre hôtel particulier transformé en musée.
Légende visuel : Claude Monet, Le Pont japonais, vers 1918, Huile sur toile, 86 × 116 cm Paris, musée Marmottan Monet,inv. 5106 – © musée Marmottan Monet, Paris/Bridgeman Giraudon/presse
Journée du Patrimoine
Dimanche 19 septembre, 15 heures : en route pour les Journées du Patrimoine sous un beau soleil ! Partie pour visiter le Panthéon, je change d'objectif en cours de trajet et m'arrête à l'Hôtel de Ville. D'abord perplexe devant la file d'attente, je me décide à me glisser à l'intérieur. Pour mon plus grand bonheur, la progression jusqu'à l'entrée est rapide : moins de 20 minutes après, je parviens à son terme.
Le circuit en libre accès démarre par la visite des salons officiels auxquels on accède depuis un escalier d'honneur. Les décors sont somptueux : plafonds à caissons, dorures, lustres de cristal, peintures de maîtres marouflées... Le point d'orgue est atteint avec le dernier salon, la Salle des Fêtes où se tiennent les réceptions officielles. Dans toutes ces pièces, une cohérence de style liée aux origines du bâtiment. Car au regard de l'histoire municipale de Paris, le monument construit entre 1874 et 1882, semblerait presque récent. C'est qu'il faut savoir que le premier hôtel de ville édifié à la Renaissance a été détruit par un incendie en 1871. De ce fait, celui qui s'offre à notre regard est une construction nouvelle, certes fortement inspirée de l'original, mais qui n'a pas pâti d'aménagements successifs. Par ailleurs, l'unité de la décoration XIXe siècle a perduré jusqu'à nous, conférant à l'ensemble un air d'antan.
Après les salons officiels, visite d'un certain nombre d'espaces d'ordinaire fermés au public : salle de réunion des commissions, bibliothèque des élus, salle du Conseil et même la buvette.
Enfin, le parcours s'achève par le bureau du Maire de Paris. Installé en angle de façade, le bureau est une pièce aux belles dimensions, lumineuse. Le mobilier en bois clair est une création de Philippe Hurel. Partout, des objets d'art, pour la plupart contemporains et issus du Fonds Municipal d'Art Contemporain. C'est une sensation étrange que de pénétrer dans un espace aussi privé et où se dessine la politique municipale. Je m'attarde un peu, balaie du regard la pièce, mais l'injonction régulière de l'agent de médiation m'invitant à presser le pas, me fait quitter l'endroit plus rapidement que prévu.
Quelques minutes plus tard, je retrouve le pavé parisien et la chaleur douce de cette fin de journée. J'ai apprécié de visiter cet endroit, de découvrir à la fois les salles de réception et les lieux où s'exerce la vie politique locale. A noter : hors des Journées du Patrimoine, il est possible de voir les salons officiels dans le cadre de visites guidées.
En intro
Parisienne depuis trois ans, je travaille dans le secteur culturel. Toujours en alerte, j'aime aller visiter des expositions, découvrir de nouveaux lieux et talents. De façon modeste - je suis loin d'être une experte en art et considère avoir encore beaucoup à apprendre dans ce domaine - je rends compte dans ce blog de certaines de mes aventures culturelles et autres coups de coeur !
Mon parcours, en quelques mots
Etudes d'histoire puis master en gestion du patrimoine culturel à Paris I en 2006. Dans la suite de mon stage de fin d'études, première mission à la Conciergerie - Sainte-Chapelle de Paris en tant que chargée d'études documentaires lors de l'exposition photo "Les Douze capitales d'Arménie". Puis, le Petit Palais où l'on me confie l'organisation d'une exposition d'art moderne arménien. Depuis septembre 2007, assistante pour une galerie d'art contemporain à Paris.
Légende visuel : Sylvester Engbrox, Moni, 1994, collection particulière, huile sur toile, 80x100 cm, © Engbrox